
Voyage d'étude en Chine
Quel regard portent les entrepreneurs belges sur l’industrie chinoise du bus ?
SECTEUR
De retour de leur voyage en Chine, nos exploitants de bus belges se sont dits fortement impressionnés par l'avance en matière de qualité et de technologie des usines de Yutong et de Higer, qu'ils ont eu l'occasion de visiter. Face aux quantités colossales de bus produits, ils ont constaté de leurs propres yeux à quel point les constructeurs chinois s’efforcent de gagner la confiance des clients européens afin d’écouler leur surproduction sur le marché chinois.
À la mi-mai, la FBAA a accompagné un groupe de 13 exploitants de bus et d’autocars pour un voyage d’étude en Chine. Le programme mettait l’accent sur les innovations technologiques et électroniques dans le secteur des bus et des autocars et était complété par des visites culturelles et des échanges diplomatiques. « Quand j’y repense, je constate que les visites des usines de Yutong et de Higer, ainsi que le trajet en bus autonome à travers le centre de Suzhou ont été très appréciés », déclare Jonas De Meyer, Business Development Manager à la FBAA. « Les exploitants ont aussi indiqué vouloir visiter une troisième usine lors d’un prochain voyage d’étude, ce qui démontre qu’ils veulent en apprendre plus sur les constructeurs de bus chinois ».
Une belle surprise
« Je n’étais encore jamais allé en Chine, mais j’ai été agréablement surpris », déclare Tim Smet (’t Soete Waeslant). « L’usine de Yutong, qui produit environ 120.000 bus chaque année, m'a impressionné. D'un point de vue conceptuel, elle est comparable à celle d’un constructeur européen, mais d'une capacité bien plus élevée. L’usine de Higer est légèrement plus petite. Nous avons pu constater l’avance technologique de ces deux constructeurs et leur niveau de développement en matière de véhicules autonomes. Actuellement, nous ne roulons pas encore avec des bus chinois, mais devons assurément y rester attentifs. Je ne sais pas si les constructeurs de bus européens seront encore en mesure de suivre le mouvement en termes de technologie et de prix. On voit aussi les possibilités d'extension de ces usines. Les Chinois ont défini leur stratégie et vont de l'avant, forts du soutien nécessaire des pouvoirs publics."
Visite d'un « experience center »
Marianne Van Mullem (Bus&Co) a été impressionnée par les visites des usines. « Nous avons été reçus dans un « experience center », où nous avons pu profiter d'une animation en 4D, c’est-à-dire des films en 3D enrichis d’effets physiques comme des sièges mobiles. Cette expérience a conféré une vibe totalement différente à la visite. Il règne également un autre climat d'entreprise, caractérisé par une organisation du travail très rigoureusement encadrée. Dans le hall de production, tous les bus sont parfaitement alignés. Chacun est assorti d'un écran indiquant les opérations en cours et permettant de s'assurer que la production des 400 bus par jour n'accuse aucun retard. Selon moi, le plus gros défi réside dans la logistique relative à la disponibilité des pièces. Lorsque cet aspect sera au point et que nous passerons à l’électrique dans un futur lointain, nous devrons envisager les véhicules chinois, c'est sûr ».
« Ce qui m’a marqué, c’est ce trajet en bus Higer autonome à travers Suzhou. Il atteignait les 40-45 km/h sans problème. L’accompagnateur de bus a tout de même dû intervenir une fois et nous avons frôlé l'incident. Ce fut une expérience extraordinaire, mais les usagers de la route sont aussi beaucoup plus disciplinés qu’en Belgique, où les piétons traversent parfois sans regarder les feux de signalisation ».

Une évolution impressionnante
Marc Lauwers de Coach Partnersgarde un souvenir positif du voyage. « L'usine de Yutong compte 25.000 collaborateurs et trois restaurants, pouvant accueillir 10.000 personnes : une véritable petite ville ! Les collaborateurs se déplacent à bord de navettes autonomes. C’est impressionnant, surtout quand on voit comment les bus chinois ont évolué. Les constructeurs chinois disposent de la technologie et du savoir-faire qui l'accompagne et sont parfaitement conscients de la qualité attendue par les clients européens. Sur de vastes sites, ils soumettent les bus à des essais pratiqués dans toutes les conditions météorologiques, car la Chine connait elle-même plusieurs zones climatiques bien différentes. Nous n’aurons d’autre choix que de prendre en compte cette concurrence. En un mois, ils conçoivent un véhicule sur mesure et, en l'espace de trois mois, en lancent la production. Ce délai de production court est toutefois en partie défini par la surcapacité sur le marché intérieur, où les trains à grande vitesse, en plein essor, font concurrence aux bus pour le transport interurbain.
Une avance éphémère
Selon Stefan Meersseman des Autobus Parmentier, les constructeurs de bus chinois se tournent vers l'exportation en raison du déclin observé sur le marché intérieur. « Le voyage d’étude a confirmé leur avance technologique et l’avantage qu'ils tirent des gros volumes. Leur processus de production est très bien organisé et, là où c’est possible, déjà automatisé.
« Toutefois, cette avance est éphémère. En effet, ils disposent d'usines flambant neuves, mais quiconque construit aujourd'hui une nouvelle usine, où que ce soit, peut rattraper ce retard. Il était en tout cas surprenant de constater l'ouverture dont ils ont fait preuve dans leur communication avec nous et leur volonté de gagner la confiance de clients européens potentiels. Je pense toutefois que tous les exploitants ne sont pas en mesure d’intégrer dès à présent des bus chinois comme éléments principaux de leur flotte de véhicules. Il faut vraiment disposer d'un certain volume pour pouvoir les tester avant de franchir le pas et d'en faire sa marque principale. Nous n'en sommes pas encore là ».
« Et cela vaut aussi pour les véhicules autonomes. Circuler en bus autonome en circuit fermé, sur le terrain d'une usine, n’est pas la même chose qu'évoluer de manière autonome dans un centre-ville historique en Europe. L’autonomie est synonyme d’indépendance totale, sans intervention d'un accompagnateur devant éventuellement interpréter des situations de circulation complexes ou devant prendre la main en cas de défaillance de la connexion au réseau. On progresse, mais nous n’en sommes pas encore là ».
Un opérateur de bus actif et satisfait
« C’était la première fois que la FBAA organisait un tel voyage d’étude et le projet a remporté un franc succès », déclare Joris Larosse, CEO de Hansea. « Nous roulons déjà avec des bus Yutong et Higer et j’ai donc assisté aux visites en tant qu’opérateur de bus actif. Lorsque nous avons opté pour ces marques chinoises, nous étions dans l’inconnu. Ce choix présente aussi des implications politiques, car LE TEC impose, par exemple, un pourcentage maximal de véhicules non européens. Jusqu’à présent, nous en sommes plus que satisfaits, qu'il s'agisse de la technique, des finitions, de la conduite ou du suivi logistique. Yutong, qui est une entreprise privée, travaille directement avec des service centers. Higer est une entreprise publique qui a des objectifs commerciaux et opte pour des représentants locaux. On voit comment ils sondent le marché européen, très fragmenté, du transport par bus, observent ce qui fonctionne et cherchent les moyens de lever les obstacles potentiels. Ils voient l’économie planifiée comme un levier pour une croissance à grande échelle et font preuve d'une réelle volonté d'accéder au marché européen et d'y faire la différence. De ce point de vue, les constructeurs européens sont en tout cas confrontés à un défi de taille.
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