« Mon autocar était mon petit havre de liberté »

Mohamed Bekkaoui revient sur ses 43 ans de carrière

Après 43 années de bons et loyaux services chez De Polder à Anvers, Mohamed Bekkaoui (62 ans) a pris le chemin de la retraite. « Pour moi, chauffeur d'autocar est le métier rêvé. Chaque trajet fut un plaisir », affirme « Beck », le chauffeur populaire.

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De mécanicien à chauffeur d'autocar

« J'ai presté ma première journée de travail le 21 mai 1979. Je m’en rappelle encore comme si c'était hier. J'avais dix-neuf ans et j'ai commencé par l’entretien des fosses de travail et de l’atelier. J'ai d’abord travaillé comme mécanicien. En 1984, j’ai obtenu mon permis de conduire. Quand je travaillais encore sur les autocars à l’atelier, il m'arrivait de temps à autre d’effectuer un trajet avant et après mes heures. Jusqu’en 1995. C'est alors que je me suis lancé comme chauffeur. »

« J'ai commencé par le transport d'ouvriers vers le site de BASF. Le matin, j'allais les chercher en ville et je les déposais à l’usine. Le soir, j’effectuais le trajet en sens inverse. Au final, je n’ai jamais arrêté. J'ai circulé pour BASF jusqu’à ma dernière journée de travail. Les clients aiment disposer d'un chauffeur fixe. Ils vont même jusqu'à demander le même autocar. Ils perçoivent cela comme un avantage. Au fil du temps, on finit aussi par connaître tout le monde. Même le portier à l’entrée de l’usine. On connaît donc aussi les sensibilités. »

« J'ai toujours effectué des parcours en ville. Pour les écoles, vers les usines ou les bassins de natation. Je n’ai jamais refusé une mission. J'ai connu des périodes très chargées. À ce moment, on doit pouvoir disposer de personnes toujours prêtes. Les dispatchers savaient qu’ils pouvaient compter sur moi. Mais si je demandais des congés, je les obtenais aussi. On ne travaille pas 43 ans pour la même entreprise si le donnant-donnant ne se retrouve pas des deux côtés. »

Poli et ponctuel

« Un bon chauffeur doit rester poli et calme en toute circonstance. Il doit également être ponctuel, bien sûr. Je n’ai jamais eu la moindre panne de réveil, même lorsque je commençais ma longue journée à 04h45. J'étais aussi toujours à l'heure aux arrêts. Si j’arrivais une minute trop tôt, j'attendais. Dernière chose : il faut conduire calmement. »

Le chauffeur expérimenté Mohamed sort une dernière fois de son autocar

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« Certains trouvent la profession de chauffeur d'autocar stressante. Je n’ai jamais eu ce sentiment. Je trouve même relaxant de me trouver au volant de mon car. Mais je comprends toutefois que de jeunes chauffeurs puissent se sentir intimidés. Ces quarante dernières années, la circulation n’est pas devenue moins agressive. Il faut marquer plus souvent des arrêts d'urgence et adopter une conduite plus préventive. On sait quand une voiture va nous couper la route. »

Un travail tranquille et bien fait

« Je vais encore me promener le long de mon autocar. J’y suis lié émotionnellement. Pour moi, ce n’est pas simplement un car. C'est mon car. Lorsqu’après 10 ans, j'ai dû échanger mon autocar contre un nouveau, je n’ai jamais compris pourquoi. À mes yeux, il roulait toujours parfaitement. Je ne me suis jamais plaint d'un autocar. Mais l'autocar ne s'est jamais plaint de moi non plus. J'ai bien pris soin de mon matériel. Mon car, c’était mon petit havre de liberté. Un travail tranquille et bien fait. Je n’ai jamais éprouvé la moindre difficulté à tenir le cap au cours de ces 43 années. »