Guerric Deblire et Willem Stam roulent avec passion

Deux histoires, un moteur

Rien n’a ébranlé leur motivation. Deux personnalités inspirantes, Guerric Deblire et Willem Stam, ont mis tout en œuvre pour travailler dans le secteur des autobus et des autocars, et s'asseoir derrière le volant. Leur moteur : la passion de la conduite et le contact humain.

ÉCRIT AVANT LA PANDÉMIE

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Guerric Deblire : responsable des circuits scolaires

A Godinne, non loin de Dinant, en bord de Meuse, Guerric Deblire s'attache à la planification et la gestion de 49 circuits scolaires. En saison, il participe à l'organisation des services touristiques et c'est lui qui crée la brochure des excursions d’un jour. Guerric est né avec un chromosome défaillant qui lui enlève toute force musculaire. Son papa, Patrick Deblire, a tenté de dissuader son fils de travailler dans l'entreprise familiale, mais quand on a grandi entre les autocars, on a ça dans le sang.

Un Minibus adapté

Quand Guerric a annoncé qu'il voulait apprendre à conduire, ses proches ont pensé « mission impossible ». Mais tenace comme il est, Guerric a bravé les tests d'aptitude au CARA, a suivi 10 heures d'auto-école en Flandre (pas d'instructeurs spécialisés en région francophone) et a attendu près d'un an que son véhicule soit tout à fait adapté à son handicap. Une fois le véhicule et les commandes entre les mains, Guerric a suivi beaucoup de pratique, accompagné de son père. C’est finalement après l'examen et l’obtention du permis de conduire que Guerric arpente maintenant les routes fièrement et avec aisance.

« Je veux pouvoir me rendre sur le terrain »

A présent, Guerric peut se rendre seul au travail chaque matin. « Je veux aussi utiliser ma mobilité nouvellement acquise pour me rendre sur le terrain quand un chauffeur signale une déviation pour en mesurer l'incidence sur la durée et le kilométrage du circuit scolaire ou pour optimiser le trajet, » nous dit-il.

Nous avons accompagné Guerric pour un petit trajet. Il profite avec passion de cette nouvelle liberté. À défaut de conduire un autocar, Guerric conduit son minibus comme un pro, avec souplesse et aisance. De plus, il met tous les jours ses compétences au profit de l'entreprise familiale, un boulot qui le valorise et qu'il aime. Il apprécie surtout le contact humain avec les chauffeurs de l’entreprise.

Qu’en pense Patrick Deblire, son papa ?

« Quand Guerric nous a dit qu’il voulait travailler pour la firme, nous nous sommes demandé ce qu’il allait faire et comment on allait s’organiser. Nous avons adapté l’accès aux bureaux, ainsi que le poste de travail. Maintenant que Guerric se déplace seul, il peut se rendre de façon autonome au travail. Guerric est devenu indispensable dans notre organisation. La preuve qu’un handicap n’empêche pas de travailler dans notre secteur. »

Willem Stam : chauffeur de ligne

Willem Stam travaille comme chauffeur de ligne à temps plein chez VBM (groupe Hansea) à Lommel. Cuisinier de formation, Willem a perdu sa jambe gauche lors d’un grave accident de moto, mettant un terme à sa carrière après plus de 20 ans d’activité dans différents restaurants (étoilés). Après une longue période de revalidation pour apprendre à se tenir debout et à se déplacer avec une jambe artificielle, Willem pensait pouvoir se remettre à la cuisine. Malheureusement, la station debout prolongée et les rotations régulières ont rendu la situation intenable. Willem ne se voyait pas travailler ailleurs que dans une cuisine, pas même lorsque son fils, chauffeur chez VBM, lui a suggéré de devenir chauffeur d’autobus. « Je ne pouvais même pas l’imaginer », explique Willem. Après avoir accompagné son fils en service à plusieurs reprises, il s’est dit : « Pourquoi pas ? ».

« Aujourd’hui, je connais toutes les lignes. »

Après un avis positif du CARA et une formation au VDAB à Herentals, Willem a obtenu son permis de conduire et son aptitude professionnelle. Il a pu directement prendre du service chez VBM, d’abord à temps partiel, avant de passer progressivement à un temps plein. Ensuite, Willem s’est porté candidat comme chauffeur de réserve. « Ce poste apporte beaucoup plus de variation dans mon travail. Ils peuvent m’appeler à chaque instant pour remplacer un collègue, je connais toutes les lignes aujourd’hui. » Willem conduit à la fois des busphones, des autobus traditionnels et des bus articulés. Il aime les défis et le contact avec les voyageurs. « Quand nous réceptionnons des nouveaux véhicules, je suis le premier à chercher où se trouve chaque bouton et à vouloir découvrir son pilotage », déclare-t-il fièrement.

« Je pourrais faire ce métier jusqu’à l’âge de 100 ans. »

Les rapports avec les collègues sont excellents. « Lorsque je dois prendre un bus stationné tout au fond, il arrive souvent qu’un collègue aille le chercher et l’amène à la porte du local des chauffeurs. Les collègues sont tous sympas ici ! » En été, quand il fait chaud, Willem travaille en pantacourt, comme les autres. Tout le monde peut alors voir sa prothèse. « Personne ne dit jamais rien, je ne me sens pas différent de mes collègues. Et s’il y a des gens qui s’en étonnent, c’est leur problème. » « J’aurais dû m’y mettre bien plus tôt », ajoute encore Willem, « je pourrais faire ce métier jusqu’à l’âge de 100 ans. » C’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Qu'en pense l'entrepreneur ?

Jan Dens, responsable chez VBM à Lommel, est content d’un collaborateur comme Willem. « Il a commencé chez nous comme tous les autres chauffeurs : d’abord, à temps partiel pour passer progressivement à un temps plein. Nous apprécions la flexibilité de Willem. Nous pouvons toujours compter sur lui quand un chauffeur tombe malade ou veut faire un échange d’horaire. Willem ne bénéficie pas d’un statut privilégié en matière de répartition du travail : il est dans la tournante au même titre que les autres chauffeurs. Cela prouve qu’avoir un handicap physique n’empêche pas de conduire un bus. Les collègues de Willem le considèrent aussi comme un chauffeur à part entière qui fait bien son travail. »

Les travailleurs présentant un handicap physique peuvent parfaitement occuper des fonctions dans des entreprises d’autobus et d’autocars, que ce soit en tant que chauffeur ou collaborateur administratif. Chaque cas doit être analysé séparément. S’il faut adapter l'infrastructure, différents organismes publics (régionaux) octroient des aides afin de soutenir l'emploi des personnes handicapées.