BlaBlaBus veut conquérir l’Europe

Le 17 juin, le premier BlaBlaBus a relié Amsterdam à Paris via Bruxelles. La reprise de Ouibus par BlaBlaCar était ainsi concrétisée. La transformation complète de l’ancienne filiale lourdement déficitaire de SNCF en BlaBlaBus sera ensuite achevée d’ici la fin de 2019. L’e-zine Car & Bus est monté à bord pour une partie du trajet afin d’interviewer Audrey Wolfovski, Country Manager France & Benelux.

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Audrey Wolfovski,

Country Manager France & Benelux

BlaBlaCar n'est pas connu partout en Belgique. Pourriez-vous présenter votre entreprise ?

Audrey Wolfovski: Comptant plus de 70 millions d’utilisateurs dans 22 pays, BlaBlaCar rassemble la plus grande communauté de carpooling au monde : la plate-forme met en contact des conducteurs ayant des places libres et des passagers qui voyagent dans la même direction. Ils partagent un trajet et les frais y afférents. Avec l’intégration de bus sur des moyennes et des longues distances et du carpooling sur de courtes distances dans sa plate-forme, BlaBlaCar veut devenir la référence en matière de mobilité partagée sur la route. Partout où il y a une route, il y a BlaBlaCar, facile, sûr et respectueux de l’environnement. Nos principaux marchés sont la France, la Pologne, l’Italie et l’Espagne.

Pourquoi BlaBlaCar était-il intéressé par la reprise de Ouibus ?

Audrey Wolfovski : En fait, nous possédons deux réseaux complémentaires. Les quelque 12 millions de passagers BlaBlaCar ne circulent pas sur les mêmes routes que ceux de Ouibus. Les utilisateurs de BlaBlaCar se trouvent généralement sur des axes transversaux où une capacité moins importante est nécessaire, mais sur les grands axes, la demande est plus forte que l’offre que nous pouvons générer. Notre étude préalable a démontré que ce sont les mêmes utilisateurs, mais avec des scénarios d’utilisation différents. Cela s’est également rapidement été confirmé dès que l’intégration de l’offre Ouibus a été diffusée sur la plate-forme en ligne de BlaBlaCar, sur laquelle les profils d’utilisateurs peuvent bien entendu être calculés. Cela nous permet d’adapter l’offre en conséquence.

Jusqu’à présent, le réseau Ouibus possédait environ 200 points d’embarquement, généralement de ville à ville, tandis que BlaBlaCar affiche quelque 250.000 points de rencontre. C’est la complémentarité des deux modes de transport qui nous a incités à franchir le pas et à reprendre Ouibus. Notre philosophie reste cependant la même : proposer un transport d'un point A à un point B, dans lequel une correspondance est possible non seulement d’une voiture à une autre, mais aussi d’une voiture à un bus ou inversement, éventuellement complétée par d’autres modes de déplacement supplémentaires.

Le premier trajet entre Amsterdam et Paris via Bruxelles est effectué par un sous-traitant polonais. N’allez-vous pas donner la préférence à des entreprises locales qui se trouvent à proximité en cas de panne et dont les chauffeurs connaissent aussi la langue du voyageur ? Comment les contractants de Ouibus considèrent-ils le passage à BlaBlaBus ?

Audrey Wolfovski : Nous respectons tous les contrats de Ouibus, mais nous négocions à nouveau avec les sous-traitants selon le principe du partage des revenus, et cela dépend totalement de leur capacité de prise de risque. Cette capacité s’avère plus importante en Europe de l’Est. Par ailleurs, n’oubliez pas que la Pologne est notre principal marché pour BlaBlaCar. Les chauffeurs polonais sont aussi bien formés et leurs véhicules proviennent des mêmes constructeurs. Le prix est toutefois déterminant. Nous demandons seulement aux chauffeurs de pouvoir parler l'anglais, les langues supplémentaires étant un plus.

En raison de la fusion entre BlaBlaCar et Ouibus, le marché du transport en bus sur de longues distances se limite aujourd’hui à deux acteurs (après le rachat d’Eurolines par Flixbus). Quel regard portez-vous sur cette concurrence directe ?

Audrey Wolfovski : À partir de cet été, nous lancerons de nouvelles lignes de bus en Allemagne, en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Dans ces pays, il y a suffisamment de place pour nous à côté de FlixBus, qui domine totalement ces marchés.

Dans le même temps, nous ouvrirons de nouvelles liaisons en Pologne et en Italie et nous proposerons une offre combinée BlaBlacar et BlaBlaBus en Espagne et en Grande-Bretagne sur les routes locales. La France aussi se verra dotée d’un réseau plus dense.

À quoi peut s’attendre le marché à la lumière de la sévère concurrence entre vous et FlixBus ?

Audrey Wolfovski : Il est certain que l’on peut s’attendre à une rude bagarre sur les prix. Nous devons absolument trouver notre place et décrocher des parts de marché. D’un côté, cela entraînera une baisse des prix, mais de l’autre, le taux de remplissage augmente d’ores et déjà favorablement d’environ 10 %. Nous sommes convaincus de la synergie positive entre nos deux offres.

La rentabilité du transport en bus sur de longues distances est encore toujours négative et des diminutions de prix agressives n’arrangeront pas les choses. Comment voyez-vous l’avenir ?

Audrey Wolfovski : J’admets que le secteur n’est pas bénéficiaire aujourd’hui, contrairement à notre offre BlaBlaCar sur les longues distances. Temporairement, la branche bénéficiaire BlaBlaCar devra absorber les pertes de BlaBlaBus en compagnie de notre troisième branche, BlaBlaLines (ndlr : offre pour le transport domicile-lieu de travail). Nous considérons cependant désormais notre offre de mobilité comme un tout. À moyen terme, nous croyons que la demande devra augmenter davantage que l’offre.

Les jeunes forment la très grande majorité de nos clients, ils consomment la mobilité d’une tout autre manière que leurs parents. Et cela ne fera qu’augmenter. Et même s’il est sans doute un peu tôt pour prévoir comment ce marché évoluera, nous nous attendons à ce que le carpooling soit choisi pour les plus courtes distances, tandis que le bus fait déjà ses preuves sur les plus longues distances. À l’heure actuelle, nous nous efforçons de mêler deux cultures. C’est notre business model.

Les trajets BlaBlaBus :

  • Bruxelles – Paris
  • Bruxelles – Lille
  • Brussels Airport – Bruxelles – Lille - Paris CDG – Paris
  • Liège – Louvain – Bruxelles – Paris
  • Amsterdam – Rotterdam – Bruxelles – Paris
  • Amsterdam – Utrecht – Bruxelles – Paris
  • Amsterdam – Anvers – Lille – Paris
  • Amsterdam – Rotterdam – Anvers – Paris
  • Amsterdam – La Haye – Rotterdam – Bruxelles – Londres
  • Amsterdam – Utrecht – Anvers – Bruges – Londres