Des entrepreneurs transforment leurs bus en laboratoires de test mobiles

Mesurer, c'est savoir. Cette expression s'est vérifiée une fois de plus durant la crise du coronavirus. Alors que le secteur des bus et des autocars est entré dans une profonde hibernation, les entrepreneurs ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont notamment contribué à surmonter la crise sanitaire grâce à leurs bus aménagés en laboratoires de test.

© Jan Van der Perre

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Weidel Tours et l’UZ Gent testent dans les écoles et les maisons de repos

Lorsqu'en octobre 2020, la population peut enfin être testée à grande échelle à la Covid-19, Tim Tfelt, le gérant de Weidel Tours à Sleidinge, décide de transformer l'un de ses bus en laboratoire de test mobile.

« Notre Sleepliner prenait la poussière dans le dépôt depuis six mois déjà. Nous avons facilement pu transformer les cabines de couchage en cabinets médicaux à cloisons fixes. Nous avons utilisé ce bus pour nous rendre dans les entreprises et faire passer des tests rapides au personnel », explique Tim Tfelt à propos de cette initiative. « Notre chauffeur se chargeait de la partie administrative tandis qu’une infirmière indépendante effectuait les tests. Le résultat était connu dans le quart d'heure. » À bord, l'équipe effectuait quelque 150 à 200 tests rapides quotidiennement, ce qui a permis de détecter chaque jour 5 à 6 personnes asymptomatiques.

Une bonne chose pour tout le monde, penserez-vous. « Mais nous avions devancé les pouvoirs publics. Bien que la capacité des laboratoires de test était insuffisante, nous avons rencontré des oppositions de toutes parts », constate aujourd'hui Tim Tfelt. Après deux semaines, l’autobus de test rapide n’a plus été autorisé à circuler, dans l’attente d'un cadre juridique. « Pourtant, la demande était forte. Nous étions disposés à transformer d’autres autobus. Nous nous étions organisés avec des collègues pour travailler ensemble. Je suis persuadé que nous aurions pu faire circuler vingt laboratoires mobiles au bout d’un mois. » Cela aurait constitué une belle compensation pour une entreprise qui avait perdu 80 % de son chiffre d’affaires normal.

Weidel Tours a mis des bus de test à la disposition de l’UZ Gent dès la fin janvier. Les bus aménagés de l’entreprise d’autocars se rendent maintenant dans des écoles, des maisons de repos ou des prisons. Le personnel de l’UZ Gent y réalise des tests PCR. Lorsque la campagne de vaccination a commencé, Tim Tfelt y a encore vu des opportunités intéressantes pour le secteur des autobus. « Nous avons proposé de vacciner sur place dans un bus de vaccination. Nos autobus seraient plus flexibles », explique le directeur de Weidel Tours. Il attend toujours une réponse des pouvoirs publics.

Mandel Car parcourt la France en laboratoire mobile

Mandel Car a également sauté le pas. L’effort à consentir par l’entreprise familiale d’Izegem n’était pas très important. « Nous avions déjà acquis de l'expérience en termes de transformation d’autobus pour des groupes cibles spécifiques en créant un medicar comportant des lits pour les personnes handicapées et un showcar conçu pour un fabricant de sièges », indique Pieter-Jan D'Eigens de Mandel Car. L'exploitant d’autobus a confié la transformation d’un autocar à Vantieghem Bus & Coach à Zwevegem. Outre le réaménagement de l'espace intérieur dans les compartiments, il a fallu prévoir deux réfrigérateurs. En effet, les tests doivent être conservés au frais afin de pouvoir être transportés au laboratoire le soir. Ensuite, l’autobus a été utilisé comme laboratoire de test mobile par Eurofins, un groupe coordonnant de petits laboratoires. Mandel Car se charge uniquement de l'exploitation du véhicule. Le laboratoire est responsable de la partie médicale.

« En janvier, nous avons pu faire circuler le premier bus en Belgique. Ensuite ont suivi un bus pour les Pays-Bas et trois bus pour le France.», explique Pieter-Jan D’Eigens. Le chauffeur se charge de l’entretien et du nettoyage du bus. Ses journées sont longues puisqu'il doit se rendre au laboratoire après la journée de test. « Nous sommes toutefois satisfaits d’avoir pu ainsi fournir du travail à nos chauffeurs. Cette collaboration était également une bonne chose pour Mandel Car. Afin de rester rentables, nous avons fonctionné avec des contrats de six mois. Vous ne pouvez pas transformer un bus pour trois semaines », conclut le gérant de Mandel Car.

De Polder transforme un bus de ligne en un bus de test

En octobre 2020, les Autocars De Polder d’Anvers ont transformé l’ancien bus de ligne 1301 en bus de test Covid-19. Depuis lors, le véhicule circule pour le compte de l’hôpital universitaire d’Anvers dans la province d’Anvers afin d’effectuer des tests Covid-19 sur place. Huit mois plus tard, l'entreprise a déjà transformé cinq bus en labo.

« Lorsqu'on nous a demandé de mettre un bus à disposition pour servir de laboratoire mobile, nous avons immédiatement répondu positivement. Au beau milieu d'une telle crise, il nous a semblé de notre devoir d’apporter notre aide là où nous le pouvions », explique Patrick Bral, directeur général de De Polder. « De Polder fournit les bus et les chauffeurs, tandis que l’UZA se charge de la gestion administrative. Les équipes de soins infirmiers à domicile Altrio effectuent les tests. »

© De Polder

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De Polder a pris la transformation du bus à sa charge. Le bus est divisé en trois compartiments. Le chauffeur se trouve dans un espace complètement séparé. Dans la section centrale, quelques sièges ont cédé leur place à une table pour l'administration, ainsi qu'à un réfrigérateur pour stocker les échantillons. « Nous devions surtout veiller à une aération, un chauffage et un éclairage suffisants ainsi qu’à un approvisionnement en énergie fiable. Le frigo devait toujours pouvoir tourner ».

« Nos chauffeurs ont contribué à la réussite de ces laboratoires de test. Après tout, ils connaissent les routes et la circulation d’Anvers comme personne, si bien que les bus se retrouvaient rapidement aux points de rendez-vous. Nous avons également fait reconnaître les bus comme des véhicules prioritaires. De cette manière, nous avons pu réaliser jusqu'à 3.000 tests certains jours », explique Patrick Bral. Le directeur est surtout fier que De Polder ait ainsi pu contribuer au combat contre la Covid-19. « Nous n’y avons trouvé aucun avantage financier. Disons que nous n’avons rien perdu, et cela nous convient. »