PANEL D’EXPERTS : Qu’en est-il du rétroviseur d’angle mort ?


Mieux mettre en images l’angle mort avec un rétroviseur perfectionné ou une caméra

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Pascale Verdoy

Patrick Knierim

Danny De Wilde

Filiep Houthoofdt

Geert Aerts

L’angle mort est un sujet controversé qui fait déjà l’objet depuis des années de débats en matière de sécurité routière. Les accidents ayant une issue grave impliquent surtout des camions, mais ils demeurent un sujet épineux dans notre secteur aussi. Le rétroviseur d’angle mort est rarement suffisamment fonctionnel et bien réglé pour le chauffeur sur les bus et les autocars. Des instructeurs de conduite suggèrent l’utilisation d’un rétroviseur perfectionné ou d’une caméra d’angle mort doté d'un système de détection.

Car & Bus E-zine lance une série d’articles dans lesquels un panel d’experts – composé des moniteurs de conduite – donnent leur vision sur divers sujets qui préoccupent les chauffeurs.

Des rétroviseurs d’angle mort chauffés et propres sont essentiels pour la visibilité

Des rétroviseurs d’angle mort chauffés sont essentiels pour garantir la visibilité en cas de pluie, de neige, de grêle et de gel. Mais, même des rétroviseurs de bonne qualité doivent en outre toujours être nettoyés régulièrement. Aussi bien les entreprises de bus que leurs chauffeurs endossent une responsabilité en la matière. Dans l’intérêt des chauffeurs et de la sécurité routière, les entreprises de bus doivent investir dans des rétroviseurs de qualité. Si ce n’est pas possible spontanément, leur placement doit être imposé par la loi aux constructeurs de bus ou aux entreprises de bus. Les chauffeurs doivent également nettoyer les rétroviseurs de leur bus. Lorsqu’ils disposent de leur ‘propre’ bus ou autocar, ils régleront correctement les rétroviseurs et veilleront à ce qu’ils restent suffisamment propres. Les choses sont différentes lorsque différents chauffeurs roulent avec le même bus. On ne prévoit ou on ne prend pratiquement pas de temps pour régler les rétroviseurs de manière personnalisée, ne parlons même pas de les nettoyer.

Les rétroviseurs d’angle mort réglés avec précision et par conséquent fonctionnels s’avèrent rares. Il existe diverses raisons à cela, selon les moniteurs de conduite. Idéalement, les bus et autocars sont équipés de rétroviseurs d’angle mort chauffés et réglables à partir du poste du chauffeur. Les chauffeurs peuvent alors les régler individuellement à des endroits prévus à cet effet. Dans pratiquement tous les autres scénarios, cela ne se passe pas correctement et le rétroviseur d’angle mort est trop souvent utilisé comme un rétroviseur qui doit préserver le chauffeur des dommages à la carrosserie lors de manœuvres le long de voitures stationnées et de poteaux. Les rétroviseurs d’angle mort manuels montés par défaut sur les véhicules sont souvent trop hauts pour permettre un réglage. Les rétroviseurs homologués, placés dans des bras de rétroviseurs, sont rarement suffisamment convexes pour faire apparaître complètement l’angle mort. Les rétroviseurs d’angle mort sur les bus de ligne sont souvent difficiles à utiliser même s’ils sont homologués. Le rétroviseur est en général réglé sur un angle, par exemple l’angle mort à l’avant droit, et l’angle mort le long du véhicule reste la plupart du temps en dehors du champ de vision. Le placement souvent optionnel de rétroviseurs d’angle mort et l’absence d’une réglementation cohérente impliquant le montage obligatoire de rétroviseurs d’angle mort sont généralement perçus comme une grave lacune.

Rétroviseur perfectionné ou caméra d’angle mort avec système de détection

Lorsque le rétroviseur d’angle mort est utilisé à d’autres fins ou est insuffisant, un rétroviseur d’angle mort supplémentaire doit-il être placé ? Absolument pas, selon les moniteurs. Ce n’est déjà pas une mince affaire d’apprendre aux chauffeurs qu’ils doivent regarder au bon moment dans le bon rétroviseur. En outre, où va-t-on placer ce rétroviseur supplémentaire car la configuration des rétroviseurs enlève maintenant déjà toute une partie du champ de vision à l’avant et sur le côté. Des accessoires tels qu’un signal auditif ou visuel – comme la petite sphère dans le rétroviseur latéral d’un véhicule – sont considérés comme un progrès. À l’instar du secteur automobile, on pourrait également intégrer un clignotant supplémentaire dans le bras de rétroviseur afin que les usagers de la route soient avertis que le bus veut tourner.

Selon les moniteurs, la solution réside dans le placement judicieux de caméras d’angle mort de qualité à système de détection intégré. D’une part, la qualité d’image est nettement meilleure que celle d’un rétroviseur, et ce, en particulier la nuit ou par temps de pluie ou de neige. D’autre part, vous avez une vision beaucoup plus large sur les environs sans déformation notable de l’image.

Même avec une caméra d’angle mort, il faut continuer à sensibiliser les autres usagers de la route

Si une caméra d’angle mort à système de détection est considérée par les moniteurs comme une alternative à part entière et plus moderne au rétroviseur d’angle mort déficient, des réserves sont cependant ajoutées. Il faut ainsi en tout cas réfléchir à un système de secours si la caméra tombe en panne.

Il faut en outre continuer à investir dans la sensibilisation indispensable des autres usagers de la route. C’est possible en apposant des autocollants sur les véhicules et en organisant des formations dans les écoles. Alors que l’on apprend maintenant aux enfants qu’ils doivent établir un contact visuel avec le chauffeur via le rétroviseur, ce conseil n’est plus valable si on travaille avec une caméra.

Spécifiquement à l’attention des bus de ligne, il faut attirer l’attention des passagers à l’avant du bus sur le fait qu’ils doivent rester derrière la ligne rouge afin que le chauffeur puisse voir dans des conditions optimales dans ses rétroviseurs. Cela implique également que les sociétés de transport doivent prévoir suffisamment de capacité les jours de mauvais temps lorsque davantage de voyageurs prennent le bus. Lors de telles journées, un chauffeur passionné ne tient pas à refuser des clients et à les laisser attendre pendant une heure le prochain bus pour éviter qu’ils se retrouvent devant la ligne rouge.

CONCLUSION DES EXPERTS


Les constructeurs et les entreprises de bus devraient consentir davantage d’efforts pour prévoir des rétroviseurs d’angle mort ou des systèmes correctement placés. Les chauffeurs devraient s’imposer la discipline de nettoyer et de régler correctement les rétroviseurs. Les usagers de la route doivent être sensibilisés en permanence aux dangers de l’angle mort à proximité de véhicules de grande taille. Pour pouvoir vaincre le risque existant, une collaboration en connaissance de cause est donc requise.