Jeunes loups chez De Colnet

Charles-Henri : « De Colnet n’a pas de "clients", mais des amis »

ECRIT AVANT LA PANDÉMIE

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L’autocariste de Bastogne joue la carte de la petite échelle

Dans ce monde en constante évolution, stagner est presque devenu un pêché. Il faut toujours en faire plus. Rien de tout cela dans la famille De Colnet à Bastogne. Charles-Henri y représente la quatrième génération d’autocaristes. L’Ardennais de 27 ans suit les traces de son père Alain de Colnet et sa mère Clairette Gillet qui ont pris la décision, il y a trente ans, de réduire la taille de l’entreprise Voyages de Colnet. Ils sont aujourd’hui connus dans la région comme des « artisans du voyage ». « Tout ce qui est petit est mignon », comme on dit, et Charles-Henri n’y voit que du positif. Et ce ne sont pas ses clients – pardon, ses « amis » – qui le contrediront.

De Colnet 2.0 a vu le jour en 1991. Alain supprime alors le transport scolaire, réduit la taille de son entreprise et ne garde qu’un autocar sur les huit. Seule son épouse l’accompagne encore sur les routes. Dans les années septante, la région de Bastogne comptait encore 42 exploitants. Aujourd’hui, en dehors des groupes, il n’en reste plus que deux. Charles-Henri n’a pas du tout l’intention de revenir sur le choix de son père. Au contraire. Il souscrit pleinement à cette approche « small is beautiful ». Avec sa compagne Lauriane Wuidar (qui a d’ailleurs réalisé une magnifique brochure de voyages), il compte bien poursuivre sur cette voie.

« Artisans du voyage »

Cette approche directe et chaleureuse a entre-temps valu à Alain et à son fils Charles-Henri le surnom d’« artisans du voyage ». Charles-Henri : « Nous n’avons pas de clients, mais des amis. Nous vivons avec nos voyageurs. C’est extrêmement important. Nous possédons deux autocars Van Hool et occupons un chauffeur. Nous faisons parfois appel à un chauffeur supplémentaire, lors des périodes plus chargées. » Alain de Colnet, à l’origine du revirement dans la gestion de l’entreprise, ne le regrette pas un seul instant : « On n’est pas plus heureux avec quatre autocars ou plus qu’avec deux. Il faudrait être constamment à la recherche de chauffeurs. » Charles-Henri : « Nous voulons rester petits et heureux. Il nous reste un collègue à Messancy et nous nous entraidons. Cela nous suffit. »

Avant même qu’il souffle sa première bougie, il était évident que Charles-Henri travaillerait dans le secteur du tourisme en autocar. Dès ses six mois, ses parents l’ont emmené dans son berceau pour lui faire découvrir l’Europe. « J’ai donc cela dans le sang. Je ne recevais pas de pourboires, mais beaucoup de bonbons », raconte-t-il en riant. Après avoir décroché un bachelier en tourisme à Liège, il a immédiatement obtenu son permis en 2014 et est entré dans l’entreprise. Depuis 2016, Charles-Henri est à la tête des Voyages de Colnet à Bastogne.

« Je préfère rencontrer des gens »

Charles-Henri souscrit pleinement à la philosophie de son père. « Je préfère chercher de nouveaux endroits, rencontrer des gens. Nous n’avons encore jamais organisé de transport scolaire ni roulé pour les TEC. Pourquoi ? Nous ne pouvons pas l’expliquer. Le cahier des charges nécessitait sans doute des investissements trop lourds pour plusieurs lignes. Débourser de tels montants était pour nous impossible.» Charles-Henri apprécie les voyages d’un week-end et les voyages de maximum 12 jours. « Ce sont les voyages de maximum huit jours (Autriche, Tyrol) qui marchent le mieux. Les voyages de plus longue durée n’attirent pas les jeunes. De nos jours, la Norvège est très populaire, malgré des prix élevés. Les Pays-Bas et l’Allemagne restent aussi en vogue, tout comme les marchés de Noël. Les voyages d'un week-end attirent surtout les jeunes familles. Il ne faut pas non plus remplir le programme avec une succession de thèmes culturels. Nous prévoyons une visite par jour et travaillons surtout avec des guides locaux. »

Une histoire familiale qui plonge ses racines jusqu'à Vollezele

Alain de Colnet a consenti bien des efforts pour découvrir l’histoire de sa famille, mais la guerre a fait disparaître de nombreux documents originaux. Il est certain en tout cas que sa grand-mère avait des racines flamandes, car elle était originaire de Vollezele, dans le Pajottenland. L’arrière-grand-père De Colnet a fondé l’entreprise en 1928. Pour sa part, Alain de Colnet a pris le volant en 1965 et ne l’a lâché qu’il y a deux ans. Les Voyages de Colnet jouissent d'une belle situation sur la Route de Marche à Bastogne. Clairette Gillet reçoit les clients dans un bureau aéré, derrière lequel la famille a récemment bâti un grand garage où les clients peuvent laisser leur voiture pendant toute la durée du voyage. Un nouveau grand parking extérieur, sécurisé, ouvrira bientôt également.